Compagnie du Chien Jaune

Mettre en poésie le monde et ses absurdités, mettre en perspective l’Histoire et les problématiques sociales contemporaines, la Compagnie du Chien Jaune aime porter un regard décalé sur les réalités du quotidien.
La plupart de ses créations prennent vie à partir de matériaux protéiformes : romans, presse contemporaine, poèmes, journaux anciens, biographies, correspondances, témoignages, travaux d’historiens et de chercheurs en sociologie, économie… De ces bribes d’existence, d’actualité, d’intimité, de grands évènements ou de petites histoires, Valérie Zipper crée des personnages entre fiction et réalité, reconstitue les destins singuliers d’individus célèbres ou anonymes. Théâtre et musique se mêlent fréquemment dans cet univers qui s’exprime aussi bien dans l’espace public, des lieux insolites ou les salles de spectacles.
Installée rue Justin Godart à la Croix-Rousse (69004) depuis 2004, la Compagnie du Chien Jaune est à l’origine de la création d’un lieu de travail mutualisé : le Collectif La Machine. Ce lieu partagé et géré par plusieurs structures culturelles et artistiques est régulièrement ouvert au public à l’occasion de lectures, d’expositions, de projections, de répétitions publiques… La Compagnie s’implique également sur son territoire avec la création de la pièce de théâtre Eloge des Canuts, puis l’organisation de la manifestation Novembre des Canuts inaugurée en 2008, ainsi que diverses initiatives telles que des créations en extérieur pour la Fête des Lumières ou Tout l’Monde Dehors !.


Cie du Chien Jaune (2012)

Goguette – Théâtre des Marroniers (Lyon 69)

2014-2016 – Iphigénie [+]

Pièce de Michel Azama

Lorsque Michel Azama publie, en 1991, Iphigénie ou le péché des Dieux, il écrit « Chaque jour dans un lieu du monde sʼaccomplit le sacrifice de milliers dʼIphigénie ». Constat tragique dʼun monde qui ne guérit pas de ses maux : antagonismes, conflits, folies guerrières et arbitraires minent la planète.

Lʼauteur dédie cette pièce à la jeunesse dʼaujourdʼhui : cette tragédie moderne, écrite en prose, ne raconte pas seulement lʼhistoire dʼune jeune fille sacrifiée au nom de la raison dʼEtat, elle fait entendre le cri de jeunes gens pris au piège de manipulations qui les dépassent et les tuent. Et même si le théâtre ne peut changer le monde, ce texte, à la fois puissant et sensible, place lʼhumain face à lui-même, face à ses choix trop souvent funestes.

La pièce débute avec une scène où des Dieux, ironisant sur le débat démocratique tant prisé par les humains, décident de sacrifier Iphigénie, fille du roi Agamemnon. Qui sont ces Dieux cyniques et avides de sensations qui réclament la vie dʼune jeune fille ? Au nom de quelle suprématie asservissent-ils les hommes ? Sont-ils si puissants quʼen leurs noms des crimes soient commis ? Où bien sont-ce des épouvantails, des fantômes, des prétextes dont se servent les tyrans et autres puissants afin de justifier leurs homicides ?

Quel que soit le nom quʼon prête à ces Dieux, les humains ne cessent de les invoquer depuis la chute de Troie pour dissimuler leurs sombres actions, cʼest pourquoi lʼon est saisi par la modernité du propos de cette Iphigénie, pièce à la fois poétique, violente et sensible.

Pour moi, ces omnipuissants représentent une élite décadente, corrompue et débauchée, aux mains couvertes de sang et jouissant dʼune totale impunité, quʼils soient tyrans, dictateurs où magnats de la haute finance : ce sont des criminels sans foi ni loi. Michel Azama propose une réflexion sur notre capacité à réagir face au déclin incessant des idées et des valeurs tout en portant un regard tendre et aimant sur la jeunesse dʼaujourdʼhui qui ne demande quʼà vivre, aimer, rêver et réinventer un rapport au monde. Cependant chacun réagit différemment face à lʼoppression : Iphigénie, bien quʼamoureuse, choisi de se présenter dʼelle-même sur lʼautel des sacrifices alors quʼAchille, dʼabord effrayé par cet amour soudain et enflammé, ne supportera pas dʼavoir perdu tous les êtres qui lui étaient chers, il sombrera dans une folie meurtrière.

Loin dʼêtre pessimiste et noire, cette histoire nous emmène sur le chemin de la réflexion et incite le spectateur à inventer des résistances qui ne mèneraient ni à la mort ni au fanatisme.

Accompagnée dʼune équipe de 9 artistes au plateau : comédiens, chanteurs, musiciens, danseurs, je vais à mon tour mʼemparer de cette tragédie contemporaine, utiliser le mythe dʼIphigénie dont la prégnance dans la culture occidentale est à la fois étonnante et incontestable, pour dire le monde à ce moment de son histoire. Les Dieux manipulateurs sont les instigateurs de la guerre économique, des assoiffeurs cachés derrière des écrans, de macabres spectres. Le choeur est composé dʼhommes et de femmes ballotés par les Dieux, une foule influençable qui ne se révolte pas, un peuple asservi et soumis qui tantôt subi, tantôt exécute aveuglément la volonté des Dieux. En contrepoint de cette masse à la conscience ramollie, il y a les héros tragiques qui se débattent et refusent lʼarbitraire.

Agamemnon est seul face à sa conscience, main armée des Dieux, il nʼest que lʼinstrument dʼune « Ignoble boucherie ».

Clytemnestre, bien quʼelle pousse son cri, est rongée par le chagrin et la haine.

Et puis il y a Achille, jeune guerrier à lʼavenir prometteur, dont le destin bascule dès lors que son chemin croise celui dʼIphigénie, jusquʼau bout il va tenter de sauver celle quʼil aime, mais seul il ne peut rien. La pièce se termine sur son appel à la guerre, au sang, à la mort. Cette réaction passionnelle et désespérée, bien que compréhensible, ne doit pas apparaître comme la seule réponse possible à la barbarie mais faut-il rappeler que bien souvent la violence engendre la fureur ?

Et enfin Iphigénie, jeune fille élégante, raffinée, sensible et intelligente, elle paraît être une victime passive et résignée, mais Michel Azama en fait une héroïne déterminée qui garde la tête haute et nous dit : « …Faites rouler mon nom dans la nuit où stagne le temps ». Il résonne encore ce nom comme un bourdonnement lancinant : certes « Chaque jour dans un lieu du monde sʼaccomplit le sacrifice de milliers dʼIphigénie » mais dans le même temps, dans des lieux du monde, des jeunes, armés dʼordinateurs et de téléphones portables, sʼorganisent pour faire entendre leurs voix…

Valérie Zipper

2012-2013 – Goguette [+]

Cabaret théâtral & musical

Qui se souvient encore des goguettes, ces sociétés chantantes où après leur journée de travail, ouvriers et artistes se retrouvent pour se détendre, boire, s’amuser et « pousser leur cri » ? Dans ces lieux de convivialité, de rencontre et d’échange, les discussions vont bon train, les poèmes se créent, se chantent et s’improvisent au gré de l’actualité sociale et de l’humeur des goguettiers…
Balade intemporelle, Goguette plonge le spectateur dans le quotidien d’ouvriers d’hier et d’aujourd’hui : il suit les tribulations de Linda, jeune femme en recherche d’emploi et découvre la destinée d’une jeune tisseuse qui deviendra Thérésa, « La Diva du Ruisseau »…
Goguette est un concentré de vies, un cabaret déjanté où l’on chante, pleure et rit parfois en même temps.